Hommage à Jean-Marie Barbier (1946-2026)

Jean-Marie Barbier, professeur émérite au Conservatoire national des Arts et métiers, est décédé le 14 janvier 2026. Il laisse derrière lui une œuvre dense, prolifique et fondatrice pour les sciences de l’éducation et de la formation, et plus largement pour la recherche en sciences humaines et sociales.

Né en 1946, il obtient une licence de philosophie en 1968 à l’université de Nancy, puis une maîtrise de sociologie en 1970. Après un diplôme de formation à la recherche en sociologie en 1973 à l’EHESS (où il suit notamment les enseignements de P. Bourdieu, L. Boltanski et M. Godelier), il soutient une thèse de troisième cycle en sociologie à l’université Paris 5 en 1978, puis une thèse de doctorat d’État en sciences de l’éducation à l’université de Caen en 1985, sous la direction de Gaston Mialaret. En 2006, il obtient le titre de docteur honoris causa de l’université de Louvain.

À l’intersection de plusieurs disciplines (philosophie, sociologie, économie, histoire, sciences de l’éducation), son parcours académique l’a conduit à élaborer une œuvre originale, particulièrement structurante pour la discipline et pour la vie des idées dans les milieux de la recherche et des pratiques professionnelles. Ses apports fondateurs (notamment sur les plans épistémo-théoriques et conceptuels) ont marqué en profondeur la recherche du domaine et, d’une façon générale, les démarches scientifiques prenant pour objet d’étude les activités humaines en situation de travail et de formation. Tout au long de sa trajectoire intellectuelle, il a exploré les constituants (postulats, fondements, principes, objets, concepts, méthodologies) des démarches de recherche en intelligibilité de l’action, ce qu’il nommera plus tard « approche par l’activité » des sujets (en situation de travail, de formation, de création, de soin, etc.).

De façon indissociable à son œuvre conceptuelle, la trajectoire de Jean-Marie Barbier est marquée par une activité particulièrement féconde en termes d’innovation, de création de projets, de dispositifs, de réseaux et d’institutions, dans le domaine de la recherche comme dans celui des pratiques professionnelles. Il a notamment fondé, en 1986, au Cnam, le premier Centre de recherche sur la formation des adultes en France, puis cofondé, avec Pierre Caspar, un master européen de recherche avec les universités de Genève et de Louvain-la-Neuve. Il a aussi été à l’origine de la création du Congrès international de la recherche en éducation et formation, de la Biennale de l’éducation et de la formation, et du Réseau international francophone de recherche en éducation et formation. Parmi ses nombreuses responsabilités scientifiques et institutionnelles, il a notamment été co-président avec Brigitte Albero de l’AECSE (2005-2008) et président de la 70e section (2008-2011). La dernière partie de sa carrière a été l’occasion de développer de nombreux partenariats et actions de recherche à l’international (notamment au Brésil et en Pologne), et de créer la chaire Unesco-Cnam « Formation et pratiques professionnelles ».

Parmi les nombreuses publications dont il a été l’auteur ou qu’il a codirigées sur une période de cinquante ans, certaines ont marqué durablement la discipline. C’est le cas de L’analyse des besoins en formation (co-écrit avec M. Lesnes) (1977), L’évaluation en formation (1985), L’analyse de la singularité de l’action (coordonné avec O. Galatanu) (2000), L’Encyclopédie de la formation (coordonné avec Etienne Bourgeois, etc.) (2009), L’Encyclopédie d’analyses des activités (coordonné avec M. Durand) (2017), et plus récemment L’expérience en train de se faire (coordonné avec M. Dutoit) (2024).

Jean-Marie Barbier était en somme un « bâtisseur ». La prochaine Biennale internationale de l’éducation, de la formation et des pratiques professionnelles qui se tiendra en avril sera une occasion pour la communauté de lui rendre hommage.

Joris Thievenaz.