
Notre collègue et ami Michel Soëtard nous a quittés le Mardi 27 Janvier 2026 à Sarzeau, ville de Morbihan où il résidait depuis sa retraite. Né en 1939, Michel Soëtard était un pédagogue, un philosophe de l’éducation et un historien de la pédagogie bien connu du monde francophone.
De 1990 à 2006, Michel Soëtard a été professeur à l’Université Catholique de l’Ouest, où il a enseigné la philosophie et l’histoire de la pensée pédagogique. Il a dirigé le « Laboratoire de Recherche en Éducation et Formation » (LaREF) de l’UCO. Il a longtemps collaboré, avec Jean Houssaye et ses collègues au master européen en science de l’éducation de l’université de Rouen. En 2006, il est avec Anne-Marie Drouin-Hans, Alain Kerlan, Alain Vergnioux et Michel Fabre, l’un des membres fondateurs de la Sofphied (Société francophone de philosophie de l’éducation), société qu’il a soutenue activement. Il a longtemps présidé le conseil scientifique du Centre de Documentation et de Recherche Pestalozzi d’Yverdon dont il a été jusqu’à sa mort, président honoraire. À sa retraite, Michel Soëtard s’était investi dans la vie culturelle locale et présidait l’association Marie Le Franc (1879-1964), femme de lettres, native de Sarzeau.
Michel Soëtard avait soutenu en Sorbonne, en 1978, une thèse intitulée : Pestalozzi ou la naissance de l’éducateur : Étude sur l’évolution de la pensée et de l’action du pédagogue suisse (1746‑1827), publiée chez Peter Lang en 1981. Depuis, sa passion pour l’histoire de la pédagogie ne l’a jamais quitté. Traducteur et commentateur des œuvres de Pestalozzi, il n’a jamais cessé de travailler sur les grands pédagogues, Pestalozzi bien sûr, mais aussi Rousseau et Fröbel. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et contributions de colloques sur les fondements historiques et philosophiques de la pensée pédagogique. Citons-en quelques-uns :
- Rousseau et l’idée d’éducation. Essai suivi de Pestalozzi juge de Jean-Jacques, Honoré Champion, 2012
- Pestalozzi, un pédagogue suisse. Biographie intérieure, Slatkine, 2016.
- Traduction et commentaires de Johann Heinrich Pestalozzi, Écrits sur la méthode, vol.1. Tête, cœur, main, LEP, 2009.
- Qu’est-ce que la pédagogie ? Le pédagogue au risque de la philosophie, ESF, coll. « Pédagogies », 2001
- Penser la pédagogie. Une théorie de l’action, L’Harmattan, coll. « Pédagogie : crises, mémoires, repères », 2012.
Michel Soëtard était un infatigable défenseur de la pédagogie. Il regrettait que la philosophie universitaire délaisse le champ de l’éducation qui avait pourtant acquis ses lettres de noblesse avec La République de Platon ou l’Émile de Rousseau, d’où son intérêt pour la Sofphied et la promotion de la philosophie de l’éducation dans le contexte francophone.
J’ai bien connu Michel, avec lequel j’ai travaillé en séminaire à Nantes, et dans bien des colloques et jurys de thèse. C’était devenu un ami. Je garde le souvenir d’un homme d’une grande érudition qui avait été marqué par Éric Weil, qui fut son professeur à l‘université de Lille, et qu’il évoquait souvent. Il avait une véritable admiration pour Pestalozzi à qui il a consacré une grande partie de sa vie intellectuelle et dont il est devenu un spécialiste reconnu.
Au-delà de l’intellectuel, je me souviens d’un ami chaleureux, hospitalier comme savent l’être les « chtis », très généreux aussi. Je me souviens également d’un bon vivant avec lequel il était très agréable de converser autour d’une bière et d’un bon repas. Il aimait rappeler qu’en Grèce antique, un colloque scientifique était « un symposium », une discussion accompagnée d’un banquet. Bon catholique, il militait pour ôter la gourmandise de la liste des péchés capitaux !
C’est cette image que je veux garder de lui, car il est parti discrètement. Après le décès de son épouse en 2022, il n’était plus lui-même et on l’avait perdu de vue. Il manque à tous ses amis.
Michel Fabre, Nantes-Université
Michel Soëtard était de cette génération venue aux sciences de l’éducation à partir d’une autre discipline, en l’occurrence, la philosophie. Son approche relevait à la fois de la philosophie et de l’histoire de la pédagogie. Plus précisément, il était un infatigable lecteur de l’Émile de Rousseau et un spécialiste de Pestalozzi, dont il a contribué à traduire l’œuvre de l’allemand en français. Pour lui, Pestalozzi avait donné des « mains » à Rousseau, en s’engageant concrètement dans l’éducation. Homme de grande culture, il a conservé l’élan des commencements. Sa lecture de l’Émile, toujours renouvelée, avait un accent singulier : à la fois marquée par la pensée ultérieure de Kant, et l’idée d’une « liberté autonome » et nourrie d’un goût pour les paradoxes dont Rousseau lui-même était friand. Pour reprendre la formule du Genevois : « Lecteurs vulgaires, pardonnez-moi mes paradoxes : il en faut faire quand on réfléchit ; et, quoi que vous puissiez dire, j’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugés ». Il était particulièrement attaché à la formule de Pestalozzi : « faire une œuvre de soi-même » qui manifestait plus qu’un intérêt, une foi en l’éducation, et le parti pris de la liberté. Michel conciliait l’exigence intellectuelle et la convivialité. Participer à ses séminaires doctoraux ouvrait un espace d’ébullition intellectuelle et de joie partagée. C’était aussi un grand voyageur, parlant plusieurs langues et faisant toujours preuve de curiosité et d’ouverture.
Renaud Hétier, UCO Angers